VIVISECTION
Aujourd'hui, de telles pratiques n'ont plus cours mais les humains continuent à employer un nombre très élevé d'animaux pour des expériences scientifiques. Un pays comme la France sacrifie chaque année plusieurs centaines de milliers de rongeurs, plusieurs milliers de chats et chiens, et plusieurs centaines de primates.
De tous les problèmes liés à la souffrance animale, la vivisection est celui qui est le plus difficile moralement; on y rencontre probablement les plus grandes souffrances causées à des animaux, mais il se pose la question de son apport au nécessaire progrès de la médecine.
D'un côté, des opposants critiquent l'apport scientifique de l'expérimentation, les plus radicaux allant jusqu'à lui dénier toute utilité. L'expérimentation est même quelquefois considérée comme dangereuse, car conduisant à des erreurs parfois graves. En effet, les modes de fonctionnement biologiques différent d'une espèce à l'autre. De plus, les troubles étudiés sont provoqués brutalement et artificiellement chez les animaux, et peuvent ainsi ne pas ressembler du tout à des états qui s'installent progressivement sur des années chez l'humain.
Beaucoup d'exemples circulent sur des produits qui ont des effets très différents d'une espèce à l'autre (morphine, dioxine, aspirine..). Des médicaments, validés avec succès sur l'animal, se sont révélés catastrophiques pour la santé humaine. Un cas souvent cité est celui de la thalidomide, dont l'effet tératogène a entraîné la naissance d'un grand nombre d'enfants mal formés. Après ce drame, il a été requis de tester les médicaments sur au moins deux espèces différentes. Mais cela n'a pas éliminé pour autant tous les problèmes ; par exemple, la nomifensine (antidépresseur), quasiment dépourvu de toxicité sur le rat, le lapin, le chien et le singe, n'est resté que quelques mois sur le marché pour cause de toxicité hépatique notable chez l'humain. Certaines recherches ont été ralenties à cause d'expérimentations conduisant à des interprétations erronées et à des fausses pistes : ce fut notamment le cas pour la poliomyélite, le virus ne s'attaquant pas de la même façon à l'humain et au singe.
De l'autre côté, des partisans soutiennent que l'expérimentation animale est un "mal nécessaire" pour que la science avance. Certains vont même jusqu'à la considérer comme définitivement incontournable.
Là non plus, les exemples ne manquent pas pour appuyer cette thèse. Les problèmes liés au diabète, à la chirurgie cardiaque, aux transplantations d'organes, à la pilule contraceptive, à la mise au point des antibiotiques et des vaccins ont été largement résolus grâce au recours à l'expérimentation. De façon générale, l'expérimentation animale est omniprésente dans la réalisation de nouveaux médicaments et pour la compréhension des mécanismes biologiques.
Enfin, certains opposants reconnaissent que l'expérimentation animale peut être utile. Mais ils considèrent que son apport à la science ne justifie pas sa pratique : on rejette d'ailleurs catégoriquement l'idée d'expérimenter sur des humains, alors que l'on ne pourrait pourtant pas nier la fiabilité de ce modèle !
Sur cette idée, des voix s'élèvent pour demander que les grands singes, étant donnée la richesse de leur vie émotionnelle et affective, ne puissent pas être des sujets d'expériences. La Nouvelle Zélande y a été sensible et a donné un statut aux grands singes anthropoïdes qui les met à l'abris des expérimentations. L'Union Européenne se détourne nettement des expériences sur ces animaux actuellement.
Il faut cependant savoir que l'expérimentation animale est loin d'être toujours appliquée à des luttes nobles (contre le cancer ou le sida par exemple).
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La réalisation des produits cosmétiques, ménagers et d'entretien a recours à des tests
sur des animaux.
Certains sont particulièrement dénoncés pour leur cruauté, notamment le test de Draize (irritation oculaire) et le LD50 (on administre le produit jusqu'à ce que 50% des animaux décèdent; ce test est désormais supprimé des lignes directrices de l'OCDE). |
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Heureusement, l'Union Européenne s'est préoccupée du problème des tests de cosmétiques. Le 7ème Amendement à la Directive cosmétique 2003/15/CE prévoit, à partir de septembre 2009, l'interdiction de tester des ingrédients ou combinaisons en Europe, et l'interdiction de vendre des produits et des ingrédients testés sur les animaux sans tenir compte de la disponibilité de méthodes substitutives (sauf pour trois tests : toxicité à doses répétées, toxicité pour la reproduction et toxicocinétique). À partir de 2013, elle prévoit l'interdiction de vendre des produits et des ingrédients testés utilisant les trois derniers tests autorisés. Cette interdiction pourra être retardée si des méthodes substitutives, pour ces trois tests, ne sont pas encore disponibles.
Des militaires expérimentent des armes sans que l'on puisse savoir combien d'animaux sont utilisés ni ce qu'ils subissent. Au niveau de la recherche médicale, beaucoup d'expériences sont répétées inutilement, faute de coordination entre laboratoires. Certaines expériences de recherche ne sont pas publiées, car elles aboutissent à un échec; mais alors, plusieurs équipes les effectuent sans savoir que d'autres les ont déjà pratiquées infructueusement.
Beaucoup d'expériences sont appliquées sur des animaux vivants par tradition, alors qu'elles pourraient maintenant être remplacées par des méthodes dépourvues de souffrances (cultures cellulaires, toxicologie moléculaire, traitements informatiques). Il y a un déficit d'information ou de motivation de certains scientifiques qui pourraient faire l'effort de se passer de la vivisection. Souvent, des méthodes alternatives existent, sont au moins aussi rentables que l'expérimentation animale, mais ne sont pas utilisées, afin de ne pas avoir à changer les équipements déjà en place dans les laboratoires. Il y a aussi un déficit dans les moyens financiers alloués à la promotion des méthodes substitutives. Notons que la France est un des pays les plus en retard dans le domaine de l'expérimentation ; elle sacrifie quasiment le quart des animaux utilisés en Europe. L'Allemagne sacrifie presque deux fois moins d'animaux que la France, alors que la qualité de sa recherche biologique n'a rien à envier à celle de son voisin.
A défaut de se passer d'expérimentations, on peut travailler à diminuer son impact sur les animaux.
En 1959, deux scientifiques britanniques, William Russell et Rex Burch, définissaient la
"loi des "Trois R" : Remplacer, Réduire, Raffiner.
Le Remplacement consiste à s'efforcer de remplacer des espèces sensibles par des espèces non sensibles
ou par des modèles non vivants. Les études sur des cellules en culture et les modèles mathématiques sont ainsi
les principales alternatives.
La Réduction consiste à limiter l'utilisation d'animaux sensibles aux seules expériences considérées comme essentielles,
à réduire le nombre d'animaux au minimum nécessaire à l'obtention de résultats valides.
Le Raffinement correspond à la réduction de la souffrance animale. Pour atteindre cet objectif,
l'utilisation d'anesthésiques et d'analgésiques est indispensable pour toute intervention douloureuse.
Orlans (1987) cite également d'autres procédures permettant de réduire la souffrance : le choix d'un seuil
d'arrêt de l'expérimentation (par exemple, dans des études sur le cancer, décider de sacrifier les animaux
lorsqu'un stade clinique est atteint), l'observation de pathologies spontanées plutôt que provoquées,
l'étude de situations aiguës plutôt que chroniques, l'utilisation de méthodes d'investigation non invasives
et de techniques de contention douce.
Un grand progrès a été accompli, en Europe, grâce à la directive 86/609 de 1986. Celle-ci veille, entre autres, à ce que les animaux bénéficient de conditions décentes d'hébergement, à ce que l'on n'utilise pas l'expérimentation si une alternative validée est possible (ce qui est encore assez rare), à ce que l'on vise la minimisation du nombre d'animaux employés. Elle demande surtout que toutes les expériences s'effectuent sous anesthésie... mais uniquement si celle-ci est compatible avec les buts poursuivis. C’est ainsi que dans 58 % des expérimentations conduites dans le monde, les animaux ne sont soumis à aucune douleur. Ils peuvent simplement subir un désagrément équivalent à celui que nous ressentons lors d’une piqûre ou d’une prise de sang. Dans 35 % des cas, les animaux reçoivent des traitements par analgésiques ou anesthésiques afin de leur éviter toutes douleurs inutiles qui perturberaient, en outre, les conditions des essais. Dans les 7 % qui restent, les animaux peuvent effectivement souffrir parce que l’objet de l’étude est la douleur ou parce que l’usage d’anesthésique risquerait de perturber les résultats. Même si la proportion de 7% peut sembler faible, elle représente encore un grand nombre d'animaux.
La directive ne concerne que les vertébrés. Certes, ceux-ci ont généralement un cerveau plus développé que les invertébrés, mais pas toujours : la pieuvre, dont les capacités intellectuelles sont étonnantes, peut être librement découpée vivante. La France est pointée du doigt pour ne pas avoir transposé certaines mesures de la directive dans sa législation (interdiction d'utiliser des espèces sauvages protégées par la CITES, dispositions à prendre à la fin des expérimentations, annonce obligatoire des expériences au ministère responsable).
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Les études scolaires et universitaires, et l'apprentissage des pratiques
médicales ont également recours
à l'utilisation d'animaux, bien qu'en nombre plus restreint que pour la recherche.
L'Euroniche (European Network of Individuals and Campaigns for Human Education) a pour but de promouvoir les alternatives à l'utilisation de l'animal dans l'enseignement universitaire, notamment, par l'emploi de vidéos, d'outils multimédia, de mannequins. |
Le site web InterNiche contient d'utiles ressources à ce sujet. L'organisation milite aussi pour l'adoption généralisée d'un droit d'objection de conscience pour les étudiants en biologie, qui leur permettrait de refuser l'expérimentation sans en être sanctionné. Ce droit existe déjà en Italie.
Il y a eu des progrès sensibles du côté de la production des médicaments, qui se passe de plus en plus de l'emploi d'animaux : le vaccin contre la rage ne requiert plus de tuer des milliers de lapins, le vaccin antipolio n'oblige plus à prélever des reins de singes, les tests de grossesse ne nécessitent plus de tuer des lapines.
Globalement, le recours à l'expérimentation est en diminution sensible : selon des chiffres officiels, la France est passée de 7 millions d'animaux sacrifiés en 1980 à 3,6 millions en 1990 à 2,6 millions en 1997. Très récemment, on remarque que la baisse a cessé et même une petite hausse se dessine, apparemment pour les besoins de la recherche en génétique. Ces chiffres ne prennent pas tout en compte. Les trafics de chiens et chats, volés et revendus clandestinement à des laboratoires, représentent un grave problème.
De vives inquiétudes sont suscitées par le projet européen Reach.
L'Union européenne constitue le plus important marché mondial de substances chimiques:
environ 100 000 substances chimiques y sont commercialisées. Or, nous ne savons presque rien des dangers
qu'elles risquent d'engendrer. Nous ignorons souvent quelle sera leur durée de vie réelle dans l'environnement.
Leur toxicité et leurs effets sur la santé humaine sont encore largement inconnus.
L'initiative de la Commission européenne lancée en 2001 et proposant d'évaluer la toxicité de toutes ces substances
a donc été très bienvenue. Un Livre blanc donnait lieu au projet REACH : Enregistrement ("Registration", en anglais),
Evaluation et Autorisation de substances CHimiques, future législation européenne en la matière.
Finalement, le projet REACH prévoit le test de 30 000 produits chimiques mis sur le marché avant 1981.
Ces tests impliqueront la souffrance puis la mort de plusieurs millions d'animaux dans les laboratoires.
Les organisations de défense des animaux sont mobilisées pour que le projet Reach fasse au maximum appel aux
méthodes substitutives à l'expérimentation dans les tests des produits.
Un projet analogue à Reach est en cours aux Etats-Unis : l'EDSP (endocrine disruptor screening program)
pour évaluer les effets des produits chimiques sur le système hormonal. Là aussi, le sort de millions d'animaux est
en jeu.
Les militants anti-vivisection ont une campagne menée chaque année dans de nombreuses villes de France : Bronzez Sans Cruauté. Des stands sont ainsi tenus dans les rues pour informer le public sur les tests de cosmétiques et produits ménagers sur les animaux, et les inciter à acheter les marques éthiques.
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Vous pouvez regarder une vidéo d'une action BSC tournée à Paris : basse résolution ou haute résolution. |
Les militants anti-vivisection ont pour cible les compagnies aériennes qui transportent les primates destinés aux laboratoires: Aeroflot, Air Tanzania, Amerijet, El-Al, Guyana Airlines, JAL, Japan Airlines, LIAT et surtout Air France.
Les militants les plus hardis infiltrent les laboratoires, y tournent des vidéos en caméra cachée, et témoignent ensuite au grand public ce qu'ils ont vu. Le cas célèbre le plus récent concerne les laboratoire Covance.
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Pendant 11 mois, une enquêtrice de l'association américaine PETA s'est introduite dans le laboratoire Covance
de Vienna aux Etats-Unis. Grâce à une caméra cachée, elle a pu filmer et prouver ainsi les humiliations
et les tortures dont sont quotidiennement victimes les animaux ainsi que le comportement ignoble et illégal
des employés.
Avec également un dossier de 273 pages à l'appui, PETA a dénoncé Covance aux autorités de contrôle et de surveillance américaines sensées surveiller les pratiques des laboratoires. Tout comme en 2003, après une enquête similaire réalisée dans son laboratoire allemand de Münster, Covance a tenté d'interdire toute diffusion de cette vidéo et a échoué pour la seconde fois. |
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Ne surtout pas acheter de cosmétique, lessive, détergent, ou tout autre produit
ménager, qui a fait l'objet de tests sur des animaux.
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Adhérer à une association faisant la promotion de méthodes de recherches de substitution. | ||
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Dans certains pays (notamment l'Italie), les étudiants en biologie
peuvent refuser, pour raisons de conscience, de pratiquer des
manipulations sur des animaux; ce refus ne peut pas faire l'objet de
sanction par leurs enseignants. Si votre pays ne comporte pas une telle mesure, comme par exemple en France, alors réclamez à vos élus l'instauration d'un tel droit d'objection de conscience. |
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Surveiller ses animaux de compagnie, éviter de les laisser seuls devant des supermarchés ou tout autre endroit où les trafiquants opèrent généralement. Faire tatouer son animal, ce qui offre un minimum de protection (bien que les trafiquants n'hésitent pas brûler les tatouage ou à découper des oreilles pour empêcher les identifications). |
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Antidote Europe Comité scientifique pour la promotion des méthodes substitutives à l'expérimentation animale, en particulier en toxicologie moléculaire. Il est présidé par Claude Reiss, ancien directeur de recherches au CNRS.
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Pro Anima Pro Anima mène des actions de sensibilisation en direction de la communauté scientifique, du milieu industriel, du monde politique, et du grand public, pour les méthodes substitutives à l'animal dans la recherche.
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Ligue Française Contre la Vivisection La LFCV désire abolir de façon complète et le plus rapidement possible les expérimentations sur les animaux. Edite une revue trimestrielle, "l'Anti-Vivisection".
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Karine Lou Matignon livre un bon travail journalistique, non partisan, sur les
différents enjeux de l'expérimentation
animale.
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Les trafics des chiens destinés à des laboratoires ont une ampleur souvent
insoupçonnée. Deux ouvrages témoignent de ce problème : Hurler avec les chiens, de Brigitte Piquetpellorce, chez Hachette Carrere. Trafiquants de chiens : le drame des animaux qui disparaissent, Henri Barbe, Albin Michel. Lors de l'écriture du livre, Brigitte Piquetpellore dirigeait la cellule anti-trafic de la SPA, qui collabore avec la police pour démonter les réseaux de trafics de chiens et chats volés destinés à des laboratoires. Henri Barbe préside l'ANTAC, Association Nationale contre le Trafic des Animaux Volés, B.P 243, 47006 Agen Cedex, France. A noter également un article du journal La Provence sur le problème des trafics d'animaux dans le sud-est de la France.
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Article pertinent publié dans "Science & Vie",
dénonçant le
conservatisme en matière d'expérimentation animale. "L'expérimentation animale, une vieille habitude ?" par Valérie Garland, Science & Vie numéro 888, septembre 1991.
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Dossier de quatre articles sur l'expérimentation animale, permettant
à différents points de vue de s'exprimer. Les deux premiers
portent sur l'importance scientifique de l'expérimentation, tandis
que le troisième et le quatrième concernent l'aspect philosophique
et moral. Le sommaire du dossier est
consultable en ligne.
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Intéressante enquête du mensuel "30 millions d'amis", intitulée "La France, lanterne
rouge de l'Europe", et qui dénonce, chiffres à l'appui, l'énorme retard de ce
pays en matière de méthodes substitutives. Mensuel
30 millions d'amis, numéro 153, novembre 1999.
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Sur le web, le cours d'éthique de Raymond Ramousse est directement destiné aux étudiants en biologie. |