RENARDE MARTYRE,
RENARDE MON AMIE

C'était à la fin de l'hiver 1976. Un "traître" m'avait invitée à assister à un déterrage de renard. A condition que je ne dise pas qui j'étais, et surtout, surtout, que je ne manifeste aucune pitié pour l'animal qui allait souffrir et mourir sous mes pieds. J'ai tenu bon et depuis, si j'ai seulement réussi une fois à faire capoter un grand concours national de déterrage (quinze terriers étaient visés), je n'ai cessé de dénoncer l'horreur de ce genre de chasse. Une des plus cruelles qui soit.

A l'époque, il n'y avait encore que 200 équipages de chasse sous terre. Quinze ans plus tard, en 1991, il y en avait 1000. Et aujourd'hui 2000, soit le double en quatre ans...

Cette chasse se pratique toute l'année, mais elle est particulièrement appréciée lorsque les mères sont au terrier avec leurs petits. De fin février à juin, on est pratiquement sûr d'anéantir toute la famille. Et de rudement bien s'amuser ! Car la renarde, en bonne mère, défendra ses renardeaux jusqu'à son dernier souffle. Des heures de joie intense où l'on palpite aux aboiements des chiens en grignotant des petits gâteaux... Si, si.

L'équipage, quinze à vingt personnes, s'avance en forêt avec ses chiens (teckels, fox, etc.) vers les terriers de renard qu'un garde de l'Office National des Forêts a repéré. Repéré et préservé, afin qu'ils soient intacts et habités pour que le jeu puisse avoir lieu.

Les chiens utilisés ne sont pas des naïfs. Ils connaissent bien les renards pour s'être fait longuement les crocs sur eux pendant les séances d'entraînement en terriers artificiels. C'est donc un animal en pleine forme et sûr de lui qui entre dans le terrier où, tout au fond, comme dans leur chambre à coucher, la mère et ses petits se croient à l'abri du danger. Qui viendrait les chercher là ? Aucun être au monde, sauf le chien dressé, ami du chasseur, ennemi des bêtes libres et sauvages.

Sous terre, la renarde se défend comme elle peut. Mais ses assaillants sont hargneux, et nombreux, puisqu'ils remontent dès qu'ils sont fatigués pour être remplacés. Personne ne l'aide, elle, personne ne la remplace...

Trois, quatre heures passent. C'est aux aboiements des chiens que les déterreurs devinent que l'animal traqué, harcelé, n'est plus qu'une loque. Alors, un de leurs larbins ouvre le terrier avec une pelle et saisit au bout d'une longue pince une pauvre petite chose rousse, déchiquetée, souillée de terre et de sang. Une renarde qui ose encore se cabrer, yeux exorbités par la douleur, avec, sans doute, l'effroyable pensée de ses petits livrés à l'ennemi. On l'achève d'un coup de pistolet en même temps que sautent les bouchons de champagne. Quant aux renardeaux, tradition oblige, un bon coup de talon leur écrase la tête.

Aidez-nous: il y a vingt et quelques équipages de déterrage par département et tous les lieutenants de louveterie pratiquent ce "jeu".


    Paule Drouault, L'Echo du ROC 1995


P.S. Le blaireau est quelquefois "déterré" mais lui, il paraît que c'est pour le déplacer. Imaginez dans quel état, après avoir subi tant de morsures...


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