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Les français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison
pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur.
Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de
jambes, la pilosité de la peau ou l'extrêmité de l'os sacrum sont des
raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au
même sort. [..]
Dans l'alimentation carnée, on oublie complètement l'animal. Il y a
viande à profusion mais les animaux que nous mangeons sont soustraits
à notre vue. [..]
Je déplore l'industrie de la chasse à la baleine au nom du harpon-obus perforant la baleine au terme d'une poursuite effroyable, lui explosant dans les viscères, arrachant, déchiquetant, écrabouillant, je déplore l'angoisse horrible et la souffrance et la mort, je souffre mes viscères éclatés et ma trouille et ma mort, je suis la baleine, comme je suis le veau, le boeuf, le cochon qu'on saigne tout vivant.
Je me souviens affreusement d'une tigresse qui avait un tigrillon nouveau-né.
Dans sa cage rectangulaire, rien ne la protégeait contre l'offense des regards. Point d'ombre, point de niche,
point de paille, point de retrait pour allaiter et chérir. De droite à gauche, de gauche à droite, sans repos,
elle portait entre ses mâchoires son petit, aveugle encore, qui a fini par en mourir. [..]
Il y a la foule, l'immonde foule des arènes, ces spectateurs qui
se délectent de voir une bête torturée "avec art" pour leur plaisir
de sauvage en complet-veston. [..]
Depuis une quinzaine d'années, l'ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l'échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l'homme et les autres espèces vivantes ; et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s'attaquait pas aussi à lui sur l'autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie.
Ce qu'on peut critiquer, c'est cette prééminence exclusive donnée à l'homme, car cela implique tout le reste. Si l'homme se montrait plus modeste et davantage convaincu de l'unité des choses et des êtres, de sa responsabilité et de sa solidarité avec les autres êtres vivants, les choses seraient bien différentes. Ce n'est peut-être qu'un espoir.
Les animaux de ferme ne sont plus que de la viande sur pattes.
Transformés en aliments, ils sont conditionnés afin que disparaisse
tout signe de leur nature. Au cours d'une enquête, on a demandé à
des enfants des villes d'où venaient les oeufs. Du supermarché, ont-ils
répondu. Mais avant, d'où venaient-ils ? Ils ont haussé les épaules. [..]
L'animal, quel qu'il soit, a droit au respect. La nature est insultée
par les ours bicyclistes, les éléphants équilibristes, les tigres
écuyers et les chimpanzés fumeurs de pipe. [..]
Il est vrai, par conséquents, que les femmes n'existent pas pour servir
les hommes, ni les Noirs pour servir les Blancs, ni les faibles pour
servir les forts. La philosophie des droits des animaux non seulement
accepte ces vérités, plus, elle les met en avant et les justifie. Mais
elle va plus loin.
Notre principe fondamental est maintenant clair : si les "droits" existent, et le sentiment, comme l'expérience, prouvent qu'ils existent, on ne peut logiquement les attribuer à l'homme et les refuser à l'animal, puisque, pour l'un comme pour l'autre, ils sont la manifestation d'un même sentiment de justice et de compassion.
Jadis, le fait de croire que les hommes de couleur étaient vraiment des hommes et devaient être traités humainement passait pour une folie. Aujourd'hui on considère comme exagéré de prétendre qu'un des devoirs imposés par l'éthique rationnelle est de respecter ce qui vit, même dans ses formes inférieures. Mais un jour, on s'étonnera qu'il ait fallu autant de temps à l'humanité pour admettre que des déprédations insouciantes causées à ce qui vit sont incompatibles avec l'éthique.
Je crois que nos comportements actuels vis à vis de ces êtres sont fondés sur une longue histoire de préjugés et de discrimination arbitraire. Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison - hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur - de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité aux membres des autres espèces. Je vous demande de reconnaître que vos attitudes à l'égard des membres des autres espèces sont une forme de préjugé tout aussi contestable que les préjugés concernant la race ou le sexe.
Des barbares saisissent ce chien, qui l'emporte si prodigieusement sur
l'homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent
vivant pour en montrer les veines mésaraïques. Tu découvres dans lui
tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi.
Soyons subversifs. Révoltons nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons nous, s'il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu'il y aurait moins d'enfants martyrs s'il y avait moins d'animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n'avions pris l'habitude des fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en attendant l'abattoir.
Pourquoi la souffrance d'une bête me bouleverse-t-elle ainsi ?
Pourquoi ne puis-je supporter l'idée qu'une bête souffre, au point
de me relever la nuit, l'hiver, pour m'assurer que mon chat a bien
sa tasse d'eau ? [..]
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